02 décembre 2005

Le socialisme utopique

LE SOCIALISME UTOPIQUE

Définition du « socialisme utopique » :

Le mot remonte au premier tiers du XIXe siècle (1830/1840) et il s’oppose au libéralisme. Il devient usuel en Angleterre dans les discussions de l’association des classes et des nations fondée en 1835 par Robert Owen. Il désigne l’association coopérative qui a pour but de constituer un nouveau monde économique et social.

En France, il apparaît chez les St Simoniens dont les idées s’opposent à l’individualisme. On le trouve dans les écrits de Charles Fourier, de St Simon ou encore d’Owen.

Ces textes parlent tous de cités radieuses (icaries ou phalanstères pour Fourier) dont l’organisation est souvent communautaire. C’est un monde qui essaie de lutter contre l’accablement de l’homme écrasé par la société.

Marx définit ce socialisme d’« utopique » en opposition au socialisme scientifique.

On parle de sociétaires, de communautaires.

Charles Fourier est méconnu à son époque et il est même oublié après sa mort. C’est la génération de 1968 qui va le restaurer. (ex : C.Fourier, Le nouveau monde amoureux).

Le socialisme remet en cause le culte marial, la jeune fille vierge,… Tous ces textes sont jugés explosifs pour leur époque.

Les pères fondateurs du socialisme utopique :

Henri de St Simon

Il est issu de la noblesse, il est le petit neveu du mémorialiste de Louis XIV. Il part en Amérique à 19 ans où il se bat aux cotés des insurgés américains en faveur de l’indépendance vis-à-vis de l’Angleterre. Il rejoint d’ailleurs l’armée du Général Washington.

Il appartient à la société Cincinnaties qui rassemble la noblesse internationale favorable à l’indépendance américaine.

Il revient en France à 23 ans. Il publie en 1817 les lettres américaines qui fondent le St Simonnisme.

Le St Simonnisme n’est pas révolutionnaire, il accepte la propriété mais il demande que tous les producteurs capables de faire fructifier leurs terres bénéficient de crédits distribués par des banques centrales, gérées par les producteurs eux-même.

Pour St Simon les banquiers sont des industriels qui permettent le crédit et donc le fonctionnement des industries. Pour lui, l’agriculture est aussi une industrie et tous ceux qui travaillent sont aussi des industriels. St Simon attire les financiers, les banquiers, les chefs d’entreprise et son idéologie qui sort du cadre traditionnel et limité par la moral religieuse s’appliquent à une société en changements.

La parabole de St Simon : « Si la France perdait le roi, si la France perdait ses princes et 30 000 des ses nobles (c’est à dire presque toute l’aristocratie), il n’en résulterait aucun mal à la politique pour l’État. Par contre, si la France perdait 3000 de ses meilleurs savants, de ses artisans et de ses artistes, elle deviendrait un corps sans âme ».

Il faut que la nation devienne organisatrice : « l’imagination au pouvoir ». Il veut des hommes de raisons au pouvoir, des mathématiciens, des artistes et pas des aristocrates qui le sont héréditairement.

St Simon est accusé de complicité morale dans l’assassinat du duc de Berry et également d’être irrespectueux envers la famille royale. Il se défend en disant qu’il ne critique que le mode d’administration du pays, irrespect encore pire aux yeux de certains mais qui fonctionne car il est acquitté et devient très célèbre. Ex : le chansonnier Béranger va populariser sa parabole.

On sort d’une vision féodale et théologique. Pour St Simon, la France pourrait devenir une grande manufacture. Il veut intéresser les banquiers et il y arrive : les frères Rodrigues, les frères Pereire et Lafitte investissent.

La famille St Simonienne : elle comprend un personnage un peu bizarre : le pape appelé « Enfantin » et qui se dit polytechnicien. Il est très connu pour avoir organisé des communautés et il est arrêté pour atteinte aux mœurs . Il divise la province française en 5 Églises : Lyon, Toulouse, Montpellier, Brest et Marseille et Paris en 12 circonscriptions. Le St Simonisme a également des adeptes en Belgique. Les St Simoniens achète un journal : Le Globe, la bataille idéologique se fait par la presse. Ils utilisent des rites empruntés aux francs-maçons ou aux charbonniers pour se reconnaître entre eux. On développe l’idée de communication, de fraternité, de confrérie et de secret qui cimente le mouvement. Enfantin refuse le mariage polygame et aura lui même de nombreuses femmes. C’est une philosophie qui correspond aux mutations d’un monde encore très rural. Les socialistes utopiques posent le statut de la femme et dès 1808, Fourier dira que « les progrès sociaux suivent la libération de la femme ».

Dans le sillage du St Simonisme, des femmes marginales s’engagent comme Suzanne Voilquin qui lance un journal, Désiré Gay, ouvrière qui adorait Enfantin, Flora Tristan (1ère sociologue), Jeanne Deroin, Pauline Roland, Eugénie Niboyet…

Elles veulent un monde nouveau, elles veulent s’occuper de l’éducation des enfants pauvres, de meilleures conditions sociales,…

D’un autre coté, des femmes bourgeoises s’engagent dans des congrégations catholiques.

Livre : André Gueslin, l’invention du social, on y trouve des biographies de Owen, de Fourier, Proudhon,… Lire les 20 premières pages.

Suzanne Voilquin

Jeanne Deroin (1805-1894), elle œuvre pour l’éducation des enfants pauvres, elle lit beaucoup et son but est d’aller vers l’action. C’est elle qui préconise les candidatures féminines aux législatives et demande à Georges Sand de se présenter (elle refuse). Jeanne Deroin dirige un journal, l’opinion des femmes et réfléchit à « l’association fraternelle et solidaire ». Elle imagine ce que pourrait être une confédération de syndicats. Elle veut le droit au travail des femmes. Elle communique avec Proudhon qu’elle juge misogyne.

Elle aide à la fondation des instituteurs socialistes et elle est élue membre des unions fraternelle des travailleurs. On retrouve l’idée de corporation et d’association.

Pauline Roland

Flora Tristan

C’est elle qui lance la sociologie, science qui sera reprise plus tard par Durkheim.

Charles Fourier

Est-ce que tout cela va produire une action?

Les disciples de Fourier et de St Simon vont vouloir passe à l’action. Il vont tenter des expériences sociales en communautés closes (elles vont toutes échouer). Ce sont des hommes qui veulent du bonheur dans un monde ravagé.

En 1830 démarre la colonisation de l’Algérie. En 1848, le gouvernement quarante-huitard abolit l’esclavage.

Les brasiers (ceux qui n’ont que leurs bras) sont envoyés en Algérie pour y cultiver la terre avec quelques volontaires. L’utopie sociale a pris en charge la colonisation.

Eugène Pereire propose le chemin de fer en Algérie (il l’avait déjà proposer en France).

On crée des armées de travailleurs civiles avec par exemple le général Bugeaux qui a pris Constantine. C’est une réunion d’hommes grâce à l’harmonie de la volonté.

Enfantin souhaite la création d’un corps de travaux publiques avec des soldats travailleurs. Bugeaux connaît le socialisme utopique et il correspond avec Victor Considérant.

C’est également en France l’apparition des catholicismes sociaux et on envoie des prêtres en Algéries. On constitue l’union agricole en 1840.

Une autre utopie sociale : celle des chemins de fer lancée par les St Simoniens. Il s’agît de sortir la province de sa léthargie. On crée des société anonymes. La gare et les chemins de fer hante la littérature du XIXe siècle.

Les canaux maritimes comme l’isthme de Suez grâce à Enfantin en 1832 ou le canal de Panama avec Michel Chevalier (1806-1879) pour relier les mondes interocéaniques.

Ces projets sont réalisés sous le second Empire par Napoléon III qui fut St Simonien.

Les expositions universelles comme celles des HALLES en 1855 à Londres rassemblent les progrès techniques. Ex : le béton inventé par un St Simonien.

Proudhon :

Il est né en 1809 à Besançon (il mourra en 1865). On le surnomme le « grand bisontin » et il revendique son appartenance au monde populaire. Il représente le peuple français à la différence de Marx ou d’Hugo qui étaient de bourgeois. Proudhon est le fils d’une paysanne et d’un ouvrier. Il obtient une bourse au collège de Besançon. Il étudie le latin (indispensable pour être « lettré » sans dictionnaire.

Il remporte tous les prix d’excellence mais il est obligé d’arrêter ses études pour travailler. Il devient petit patron d’une imprimerie, il est fondé de pouvoir dans une entreprise de navigation puis journaliste…

Il s’engage fermement contre la dictature du second Empire. Il correspond avec Marx et tous les deux sont d’abord d’accord sur un certain nombres de points.

Il sera persécuté, déporté et mis en prison. Il meurt épuisé à l’âge de 56 ans en laissant derrière lui pas moins de 35 volumes. Son œuvre est énorme.

Sa doctrine est justement l’hostilité à toute doctrine, à tout système. Il se dit « moniteur du peuple ». Il apporte une théorie sur le mutualisme et se repose sur la fédération. Pour lui, chaque propriété est mutuelliste, elles sont fédérées, rassemblées autour d’ensembles coopératifs. L’agriculture et l’industrie ne sont pas dissociées et sont mutualisées.

Il veut une socialisation fédérative des propriétés collectives. Les entreprises étant elles aussi collectives et associées à une fédération mais concurrentes.

Proudhon est le père de l’anarchie.

Il ajoute le groupement des consommateurs qui forment un syndicat veillant à la production et à la gestion économique de la société. Il fait une critique systématique de l’Etat, des propriétaires qui gagnent de l’argent sans travailler et qui s’approprie des biens de façon gratuite.

Proudhon dit que les fonctions entre les consommateurs, les propriétés, les forces agricoles et industrielles sont interdépendantes. Toutes ces fonctions sont liées et ont un rôles majeur dans l’organisation de la société, elles doivent donc être sur un pied d’égalité.

Proudhon a été beaucoup critiqué de son temps, surtout par les femmes St simoniennes car c’était un misogyne absolu.

est né en 1772 à Besançon dans une famille de boutiquiers. Il est intéresser par la nature et les sciences naturelles. Il déteste la révolution française et sa raison qui a desséché l’Homme. Il avance l’idée de la nature et de l’harmonie. Il croit au principe de l’attraction passionnelle qui exclut toute discipline. Il déduit de ces principes une division de l’humanité en phalanstères : « le nouveau monde amoureux ». Tout cela symbolise l’aboutissement de l’harmonie. Il faut en finir avec les mariages bourgeois et les adultères, il propose l’amour libre et multiple0
écrit en 1840 Les promenades dans l’ombre. C’est une aventurière, elle se marie très jeune pour échapper à la misère, a trois enfants et décide de partir en Amérique latine pour retrouver la famille de son père. Elle sera haït par la société de son temps. Elle écrit beaucoup pendant ses voyages, elle se déguise en homme pour entrer au parlement en Angleterre, pour faire ses enquêtes dans les prisons, dans les fabriques, elle étudie la condition des femmes en Angleterre (notamment des prostituées)…
adhère au St Simonisme. Les femmes commencent à écrire sans conditions matérielles, sans bureau, seulement sur un coin de table. Pauline Roland travaille à la revue de Georges Sand et milite à l’association des instituteurs. Elle est arrêtée car elle a tenté de lancer une insurrection puis elle est déportée en Algérie. Une campagne du chansonnier Béranger permet sa libération en 1847, elle finira ses jours à Paris en 1852.
dirige le journal Femmes nouvelles en 1833, elle voyage beaucoup (en Russie notamment) et finit sa vie à l’hospice détruite par la misère.
: 1760-1823 :

Conclusion :

Les utopistes voulaient changer leurs vies, c’étaient des visionnaires comme Fourier qui imagine l’organisation de la commune avec ses phalanstères. Ce qui rassemble ces hommes c’est qu’ils croient en l’avenir, ils pensent que le futur sera meilleur et ils espèrent un âge d’or. C’est une idée difficile à soutenir dans un siècle de misère.

Ils voulaient aussi la destruction des privilèges. Ils n’étaient pas contre le travail mais voulaient vivre le leur avec passion, avoir une fonction qui les passionne à l’image de la vie dans les phalanstères.

Ce qu’ils voulaient avant tout c’est être heureux, c’est du socialisme utopique que va découler une notion nouvelle, celle des loisirs qui vont s’imposer dans la société à la fin du XIXe siècle avec la réduction du temps de travail.

Leurs idées sont toutes fois très proches du rêve pour l’époque.

Posté par larchedenoe à 17:10 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Le socialisme utopique

    Le développement n’est-il pas une occidentalisation du Monde ?

    Posté par a mon tour..., 02 décembre 2005 à 21:23 | | Répondre
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